S'opposer à la spéculation en Soule, une lutte nécessaire et urgente

En 2005, cette brochure a été réalisée par le Collectif et envoyée dans tous les foyers souletins.



Un constat alarmant !


Il y a encore peu d’années, depuis notre province de Soule, nous regardions, curieux, les problèmes immobilier et foncier dont souffrent chroniquement les zones urbanisées tout comme certaines régions situées dans le sud-ouest de la France. Aujourd’hui, la maladie nous a rejoint. Certains diront qu’il n’y a pas de problème, juste une mutation : « Après tout si les campagnes se vident, il est bien compréhensible, voire souhaitable, qu’elles se remplissent d’une façon ou d’une autre ! ». La nature a horreur du vide, paraît-il ! C’est précisément parce qu’ils ne sont pas du tout d’accord avec ce type de « remplissage » que des souletins et souletines se sont réunis dans un collectif avec l’objectif d’inverser la tendance actuelle. Le Collectif a vu le jour en février 2004 à l’issue d’une réunion publique ayant rassemblé une quarantaine de personnes déterminées à résister.

Il n’est un secret pour personne que chaque année la population de la Soule diminue. C’est principalement la pénurie des moyens de subsistance qui explique cette hémorragie. Les décideurs s’agitent pour promettre des emplois dans un avenir incertain et dépensent beaucoup d’énergie et d’argent afin d’inciter des industriels à s’installer ici. La disparition des fermes, tout aussi lourde de conséquences, ne suscite guère de mobilisation dans la cour des responsables politiques. Pendant ce temps, pour de plus en plus de personnes, la précarité augmente et de nouvelles difficultés apparaissent.
Notre province en voie de désertification est perçue comme pauvre. Et, comme c’est le cas pour beaucoup d’autres endroits dans cette même situation, elle réveille une certaine fringale, la propriété y est plus accessible. Et puis, la « pauvreté » est pittoresque pour les plus riches.
Le calme, la beauté des paysages, le caractère de ce pays (et les dépliants touristiques) en font une destination de plus en plus prisée pour retraités cherchant repos, touristes blasés par la côte ou, plus grave, bourgeois intéressés par un investissement à la fois agréable dans l’immédiat et rentable à terme. Résultat : le prix de vente des maisons et des loyers augmentent démesurément, les habitations sont de plus en plus souvent transformées en résidences secondaires, les fermes sont séparées de leurs terres interdisant toute nouvelle installation de paysan. Commencé au bord de l’océan, ce processus a défiguré et pollué notre terre, il a fait des habitants des étrangers dans leur propre pays. Dans ce processus de destruction entrent aussi en jeu ceux qui ont renier les solidarités communautaires. Adeptes locaux de la mondialisation de l’économie et producteurs intensifs, leurs intérêts se sont vites éloignés de ceux des petits paysans et des simples gens. Comment s’étonner alors de la collaboration active et passionnée de spéculateurs bien de chez nous dans la vente organisée du pays ?
Une véritable frénésie semble s’être emparé de la Soule : des maisons auparavant laissées à l’abandon sont mises en vente, des fermes autrefois transmises pour perpétuer la vie sont démantelées et finissent en résidences estivales, habitées un mois par an par des gens aisés qui ne se soucis guère de l’avenir de notre pays.
De tout temps et en tout lieu celles et ceux qui se préoccupent de l’avenir de leur pays ont su regrouper leurs forces et trouver des formes de résistance afin de s’élever contre les manœuvres de leurs ennemis. Et, alors que nous abordons ce nouveau siècle, même si notre pays n’est pas au mieux, la volonté de vivre en tant que Basques est toujours vivante et tenace.
En un an d ‘existence notre modeste Collectif a réussi à faire de la question de la spéculation un débat essentiel et obligé. Nous désirons l’alimenter à l’aide de cette brochure et qu’ainsi tous les habitants et habitantes de notre province puissent participer activement à la construction d’une Soule vivante.




Témoignage

« Je me suis installée en novembre 2002 à Esquiule avec ma famille en tant qu’agricultrice, en achetant 6 ha de prairie, une bergerie tunnel et un troupeau de 120 brebis pour y fabriquer du fromage. La première condition de cette installation étant de pouvoir loger à proximité de mes terres, les vendeurs qui étaient aussi paysans ont mis à notre disposition une maison inhabitée depuis presque 20 ans sur une ferme qu’ils exploitaient pour une durée de 3 ans. Aujourd’hui ils ont cessé leur activité, et la propriétaire de cette ferme Madame Raymonde Mazéris a dans un premier temps décidé de nous la vendre puisque nous habitions déjà là et que j’ai besoin de plus de surface pour mener à bien mon activité. Sachant que je suis « jeune agricultrice » et que mes moyens financiers sont très limités, elle m’a proposé que nous nous rencontrions pour décider d’un prix et d’un arrangement possible et peut-être « d’aller voir de suite le notaire ». L’affaire nous a semblé presque conclue, nous avions le rendez-vous le 12 mars après-midi ( date qu’elle nous a confirmé par téléphone à 2 reprises). Hélas pour nous, le 12 mars au matin elle s’est rendue seule chez Maître Antoine Fabre , notaire à Oloron, qui a réussi à la diriger vers l’agence immobilière Iluro pour « vendre son bien à bon prix et pour plus de commodités puisqu’elle n’habite pas sur place » ( NDLR : Elle demeure à Beau- Soleil , ville bourgeoise de la Côte d’Azur). L’agence est maintenant chargée de la vente, notre rendez-vous du 12 mars a été annulé sans préavis et on me propose d’acheter le tout pour la somme de 1.200.000 F puisque je suis jeune agricultrice et prioritaire pour l’achat, sinon ce sera vendu à 1.400.000 F.
Cette propriété a été estimée par un expert foncier en 1998 à 400.000 F pour 25 ha dont 10 ha de prairie et une maison d’habitation plus les granges à restaurer entièrement. Nous avions fondé pas mal de projets autour de cette « acquisition », mais les spéculateurs n’ont visiblement que faire des projets d’une famille de petits agriculteurs… »




Le 09.04.04, le Collectif, en soutien à cette femme et à sa famille, a occupé l'agence Iluro à Oloron pour dénoncer la spéculation galopante. Après 2 heures d'occupation et hors de la présence des journalistes, Monsieur Muro (directeur de l'agence) reconnaissait que la propriété ne pouvait être estimée plus de 800.000F mais que le cadre justifiait le prix ( encore bien trop chère au vu de l'expertise de 1998). Pendant la distribution de tracts, nous nous sommes rendus compte que le problème était le même en Béarn, et ressentis un gros soutien populaire. Puisque nous étions en face de l'étude de Maître Fabre, nous sommes allés lui rendre une petite visite pour lui rappeler que lui aussi joue un rôle dans cette flambée des prix. Notre pétition ayant recueillie plus de 300 signatures, nous l'avons envoyée à la propriétaire ainsi que des lettres de plusieurs membres du Collectif critiquant son attitude. Aujourd'hui la propriété a été achetée par un Esquiulais qui va retaper la maison mais continuera à louer les terres à Corinne qui elle, en attendant mieux habitera avec sa famille dans un mobil-home... Merci messieurs les spéculateurs!

(aujourd'hui, en 2007, il s'avère que le nouveau propriétaire n'a pas tenu ses engagements et met la paysanne dans une grande difficulté.)










Les spéculateurs, voleurs : fossoyeurs du pays


Les agences : Situées dans les centres-ville, lieux de commerce, elles poussent comme des verrues ces derniers temps. Ces officines organisent le marché du foncier et de l’habitat et sont les instigateurs de la flambée des prix.
Les intermédiaires : De leurs bureaux ils organisent internationalement le marché, accueillant dans leur réseau les plus offrants, et les livrant aux agences avec lesquelles ils travaillent main dans la main. Ils récupèrent au passage toute sorte de bakchichs.
Les notaires : Ces maquignons usent de la respectabilité que leur accordent les administrations et les lois pour abuser de la crédulité des gens, d’autant plus qu’ils jouent le rôle d’intermédiaire entre les agences et les particuliers.
Les indépendants : Attirés par l’appât du gain, ce sont des gens du pays devenus commerçants. Ils achètent des maisons à moitié délabrées et les revendent à des riches acheteurs en fixant leurs prix. Ceux qui ont la « culture de l’immobilier » en rachetant les vieilles maisons, les retapant et les louant assez rapidement ( il faut récupérer l’argent investi dans la rénovation) procèdent de la même façon pour engranger des bénéfices ou dans l’espoir d’en faire.




Un exemple : Parker & Coignard
Ce sont précisément deux intermédiaires que nous avions repérés et chez qui nous avons été, en octobre, à Moncayolle pour leur rendre une petite visite. De la route nationale jusqu’à leur maison nous avons banalisé le trajet de panneaux afin que les villageois sachent qui sont leurs voisins. Devant leur « belle » maison nous avons déployé une banderole et cadenassé le portail d’entrée.
Malheureusement, Parker & Coignard n’étaient pas là et nous n’avons pas pu dire de vive voix ce que nous pensions de leurs agissements à ces Chasseurs de clients aisés du Royaume-Uni.







Les Actions du Collectif

Les résidences secondaires
Suite à l’occupation de l’agence immobilière Iluro, c’est à l’ancienne ferme « Keheila » à Hoquy que nous nous sommes réuni-e-s, pour une action symbolique devant cette maison rachetée par de riches citadins.
Dénoncer la transformation de lieux de travail et de vie en résidences secondaires, s’opposer à la destruction du tissu social paysan pour l’agrandissement des propriétés au détriment de l’installation de nouveaux agriculteurs, souligner la difficulté que rencontrent les jeunes pour se loger à cause de la flambée des prix de l’immobilier causée par des gens fortunés : tels étaient les sujets du débat réunissant 45 personnes, au cours de l’après-midi.
Nous nous trouvons devant une situation inacceptable car il devient impossible de se loger ou de trouver des terres à un prix raisonnable, un non sens alors que l’on nous dit que nous vivons dans un pays pauvre . Il faut pourtant se rendre à l’évidence : la désertification intéresse les riches car elle peut rapporter gros.
Ainsi, nous pensons : -- qu’il est urgent de trouver les moyens de décourager les riches urbains d’acquérir des maisons ici
--de mettre chacun-e devant ses responsabilités lorsqu’il s’agit de se séparer d’ une terre ou d’une maison, faute de quoi nous perdrons toute autonomie de vie sur notre propre terre.
Au cours de cette l’après-midi fut décidée l’occupation du bureau des notaires locaux.

Les notaires de Mauléon
Les « échanges de Hoquy » ont notamment mis en relief la responsabilité des notaires dans l’augmentation des prix de vente des maisons. Ces commerçants mettent les vendeurs entre les mains des agences immobilières qui tissent des réseaux internationaux de vente afin de capter les plus offrants et touchent les dividendes de ces différentes transactions. Ainsi nous nous sommes rendus chez Merlin & Richet pour leur remémorer les kobla de Pierra Topet Etxahun :
« Huissiers et notaires
O ! outils nécessaires
Leurs paroles obscures et leurs mensonges embrouillent les petites choses
Il n’est pas de meilleur aide pour vider promptement vos maisons. »
L’occupation fut accompagnée de tracts ( dans la rue) et de boules puantes ( à l’intérieur des bureaux).

Les « Responsables » politiques
Nous avons profité de la réunion de bilan de la Communauté des Communes qui se tenait au cinéma à Mauléon pour distribuer directement aux principaux intéressés un tract soulignant les menées dangereuses de certains élus. Lors des dernières élections cantonales, le Conseiller de Tardets nous prédisait que dans vingt ans il n’y aurait plus de paysans en Soule, celui de Mauléon agit efficacement dans son propre village afin de concrétiser la prophétie et pour raccourcir encore cette échéance. En effet, il y a quelques années, alors qu’une demande de certificat d’urbanisme était refusé sur le territoire voisin de Ordiarp, M. Mirande, lui, l’a délivré à Garindein sur un terrain proche du premier, autorisant la construction d’une maison en pleine terre agricole. ( CU accordé pour parcelle n°1066 secteur B1, voté à l’unanimité le 23/11/2001, justifiant « un réel intérêt pour la commune et contribuera à lutter contre la diminution de la population communale »). Pourtant, puisqu’elles en ont le pouvoir, comme à Ordiarp, des municipalités travaillent au maintien de la vocation agricole des terres. Mais sans doute s’agit-il dans ces cas d’équipes qui préfèrent les places de villages animées au silence des cimetières. Sur la parcelle n°1066, gît désormais une résidence secondaire.
Afin de désapprouver de tels agissements, nous avons ensuite habillé la mairie de Garindein de banderoles traduisant notre irritation.
Nous constatons que dans leur immense majorité les élus, pourtant conscients de toutes ces dérives, ne les combattent pas. Bien au contraire, ils travaillent activement à l’augmentation de la touristification et préfèrent défendre la sacro-sainte propriété privée plutôt que le droit de chacun à vivre dignement.


Etxebesten Borda : Un cas dramatique et exemplaire

Eté 2004 : A nouveau une exploitation risque de disparaître en Soule
A Ainharp, Etxebesten Borda (4 hectares de prés pentus, une maison avec sa borde et un peu de bois) est mise en vente à 1,3 millions de francs - 200 000€ - par une Agence Immobilière via un notaire. Qui peut se permettre d’acheter une exploitation à ce prix ?
Certainement pas la jeune femme porteuse d’un projet agricole (peu gourmand en foncier) qui était prête à l’acquérir, mais qui ne pourra pas offrir une telle somme ! Elle espérait un prix « normal », un prix de ceux qui étaient jusqu’alors pratiqués. C’est bien-sûr un citadin fortuné qui se porte acquéreur afin d’y tenir une affaire touristique.


Rencontre avec les propriétaires
Dans le processus qui fait d’une ferme une résidence pour touriste il y a un acheteur mais aussi un vendeur. Le Collectif décide donc de dénoncer l’attitude de M. et Mme Etchegaray propriétaires d’Etxebesten Borda. Sur la route nous faisons halte au marché de Saint-Palais afin d’en informer la population.
Très énervé, le propriétaire nous fait de suite comprendre que l’appel de l’argent est le plus fort pour lui, et qu’il espère recevoir l’estime de ses enfants en leur léguant un bon capital (tristesse quand tu nous tiens !). Nous tentons de lui faire entendre en quoi sa responsabilité, et celle de ceux qui comme lui sont avides de profit, est considérable. En effet, en augmentant de manière scandaleuse le prix de la terre et du bâti, ils renforcent la désertification et participent à effacer pour toujours de la carte un peuple et une culture séculaires.
Nous suggérons qu’il serait plus responsable de contacter ceux qui souhaitent vivre de la terre plutôt que de remettre leurs biens aux mains des agences.

Repas champêtre à Ainharp
Faisant suite à cette rencontre, et à l’appel d’ELB un pique–nique est organisé aux abords de la ferme. Une cinquantaine de personnes s’y retrouve.

Communauté des communes
Parce que les élus aussi se soucient sans doute de l’avenir du Pays, nous les rencontrons en compagnie de représentants de Lur Hats et du syndicat ELB. Nous exposons la situation d’Etxebesten Borda, et plus globalement le risque de voir se perdre un grand nombre d’exploitations, les difficultés rencontrées par les candidats à l’installation et aussi le rôle des spéculateurs. Nous demandons à la Communauté des communes de prendre au plutôt une position claire pour sauver Etxebesten Borda des griffes des spéculateurs.
Quelques jours plus tard, la « Com com » demande par courrier à la SAFER qu’elle fasse valoir son droit de préemption.




Ouverture d’Etxebesten Borda et rassemblement devant le bureau de la SAFER
Pour aérer cette maison fermée depuis tant d’années, il nous a semblé nécessaire d’aller l’ouvrir. C’est ce que nous avons fait avant d’aller nous rassembler devant les bureaux de la SAFER à Saint Palais. Cette même après-midi, le Conseil d’Administration de la SAFER se réunissait pour décider si elle préempterait ou si elle laisserait aux mains des spéculateurs Etxebesten Borda. Une cinquante de personnes attend quand, en fin de journée, la mauvaise nouvelle parvient : la SAFER refuse de préempter. Une fois de plus elle ne remplit pas le rôle qui est officiellement le sien auprès des paysans. Lors d’une réunion rassemblant ELB, Lur Hats et le Collectif un ultimatum est fixé à la SAFER : si elle ne revient pas sur sa décision nous utiliserons tous les moyens pour l’obliger à s’opposer à cette vente.

Action à l’agence immobilière responsable de la transaction
A Sauveterre, nous recouvrons d’affichettes dénonçant la spéculation l’agence Sauveterre-immo, responsable de cette vente immonde. Une nouvelle fois notre action rencontre une large sympathie parmi les passants et la responsable de l’agence se retrouve bien seule pour essayer de défendre son bizness.

Occupation de la SAFER
Le 27 juillet, comme la SAFER n’a toujours pas préempté, soixante dix personnes environ occupent jour et nuit ses bureaux froids leur donnant un peu de vie. De temps en temps des gens passent apporter leur soutien et participer aux débats qui s’y déroulent chaque soir. Il est clair pour tous que la spéculation est bien l’affaire de toute la société et pas des seuls paysans. Mesurant le soutien de notre démarche, finalement le 29 juillet la SAFER cède. Elle préempte avec révision de prix et accepte la revendication des occupants : remettre à plat ses règles de fonctionnement.


Et après …

Y-a-t-il eu victoire ? Un jeune s’est-il installé à Etxebesten Borda ? La SAFER est-elle devenue enfin un outil au service des paysans ?
A toutes ces questions, nous pouvons répondre sans aucune hésitation : NON !
Sitôt la SAFER avait-elle montré son nez que (comme par hasard) le propriétaire dans un premier temps retirait de la vente son bien. Puis, très vite, il remettait en vente la maison et la borde les dissociant des terres, la vente sortant ainsi de la responsabilité de la SAFER. De toute façon, comment s’installer sans maison et bâtiment ?
Même si nous sommes parvenus à ce qu’Etxebesten Borda reste un peu plus longtemps une ferme, son avenir est bien sombre.
Rien dans la législation ne permet de s’opposer à la gestion privée de la propriété et donc, aucun outil n’est adapté pour lutter contre la spéculation. D’autre part, la SAFER qui dit être au service des paysans et qui avait accepté de discuter ses règles de fonctionnement, semble mettre toute son énergie à ne rien changer.
Les vendeurs avides tombent dans le piège de l’argent facile et évacuent vite de leur conscience les graves conséquences que leurs actes engendrent. Les responsables politiques quant à eux se cachent derrière leur soit disant impuissance. Et aucun de se soucier de l‘avenir du pays et de la petite agriculture.






Pour une Soule habitée et solidaire


Dans d’autres endroits de l’hexagone, sous d’autres latitudes, des pays ont été détruits, des cultures ont disparu parce que ce qui était indispensable à la vie, à l’économie locale a été vendu, bradé, spolié. La terre, le logement, tout comme l’eau et l’air, ne peuvent être considérés comme des marchandises, des opportunités de placements financiers.
La propriété privée qui est la base du système moderne laisse croire qu’elle peut apporter le confort mais en réalité elle dépossède le plus grand nombre et permet à une classe de nantis de posséder toujours plus et ainsi de dominer des masses de gens privés des moyens même d’existence, les précipitant dans la précarité totale et les laissant sans espoir.
La liberté de posséder individuellement nous est présentée comme l’aboutissement démocratique, pourtant à d’autres époques il en fut autrement. Partout dans le monde et notamment au Pays basque existaient les Communaux. Les vieilles lois définissaient un bien commun inaliénable en terme de terres, de forêts… Avec les terres indivises de la montagne en Soule nous savons ce que signifie la jouissance collective de biens précieux. N’est-ce pas là un exemple à élargir ?
Il est venu le temps d’en finir avec l’inégalité érigée en principe et qu’enfin chacun ait un toit et que ceux qui travaillent la terre en aient la jouissance. Il s’agirait là d’un grand bon en avant. Construisons ensemble les bases d’un système communautaire, c’est à dire qui ne laisse personne sur le côté. Qui peut encore dire que les règles avec lesquelles nous vivons aujourd’hui valent vraiment la peine d’être défendu alors que nous pouvons facilement contempler les désastres qu’elles ont provoqués ? Disparition des fermes, chômage qui oblige les personnes à mendier un emploi, effacement de la langue (l’euskara) qui finie de déstructurer l’identité même des habitants de ce pays, autant d’atteintes aux bases de la vie communautaire libre.
Dans un premier temps, concrètement, et en toute urgence il faudrait que toutes les communes gèlent les ventes (les outils existent : ZAD, cartes communales…) afin d’arrêter l’hémorragie actuelle. Bien-sûr une telle mesure devra être accompagnée de la création d’une véritable organisation démocratique qui permettra de décider ensemble ce qu’il est bon de faire pour le bien commun.



Le sort des terres, vivre de la terre et aider à l’installation des jeunes, assurer un logement décent à chacun…tout cela est du ressort de chacun et de chacune. En évitant de tomber dans le piège de l’argent facile et en le dénonçant, nous ne faisons que suivre les traces de ceux qui nous ont précédés. N’oublions pas que ce que nous avons reçu nous le laisserons aux générations futures.


Le pays n’est pas à vendre
(ni à acheter)

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